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vendredi 20 juillet 2012

Numérique et chroniques

Depuis le 23 juin dernier, vous pouvez vous procurer l'Archipel des Numinées en version numérique. Et, parce que c'est l'été, voici les dernières chroniques reçues à ce jour... 

Arachnae, sur le forum Club de lecture : ici.
Matricia, dans La maison de Soso : par là Matricia encore, dans Les rêves de Cassandre : de ce côté. Matricia, continuons, dans Ce que je lis, blog tenue par l'une des membres du jury du prix Sony numérique : ici. Matricia, par Traqueur stellaire : là. Et la plus récente, Matricia dans RSF blog :cliquez!

samedi 5 novembre 2011

Une interview...

dans "Quoi de neuf sur ma pile", dont Gromovar a déjà chroniqué Arachnae et Cytheriae...
Suivez ce lien.

lundi 17 octobre 2011

Matricia - sortie le 17 novembre prochain

La carte de Cribella existe, je vous le jure. Elle n'est juste pas scannée. En attendant d'avoir - bientôt - un extrait de Matricia. Une B.O. Et peut-être si vous êtes sages et que ma tendre moitié trouve le temps de s'y coller, un trailer, voici la couverture (signé Elvire) et le résumé de ce troisième opus de l'Archipel des Numinées. Un opus qui marque la fin d'une époque - et une pause pour Charlotte V., Elvire et moi.





La plus brillante des étoiles
Scintillant dans le soir,
Des Tengelli je suis le fléau et l'espoir.


Dans les ruines de Lysania, capitale de Matricia dévastée par la peste cendreuse, une magicienne et un sorcier, derniers rejetons d'une lignée maudite s'affrontent au Jeu du Destin. Pour chaque lame de tarot tirée, un souvenir ressurgit du passé, composant carte après carte la tragique histoire d'une vengeance familiale. Au fil des arcanes, Dionisia, bâtarde métisse des Tengelli, et Alino, son oncle, dressent le tableau effroyable d'un clan d'assassins et de manipulateurs.
Pendant ce temps, le nécromancien Angelo di Larini cherche sur les terres ravagées de Matricia le moyen de contrer le mal qui ronge L’Archipel des Numinées.

Un combat, trois destins – et le monde comme enjeu.

mercredi 7 septembre 2011

INVISIBLE

En attendant la carte de Cribella, capitale de Cytheriae... Voici "Invisible", version plus light de "Chair et âme" que vous avez pu parcourir sur ce blog("Chair et âme" sortira bientôt, en format papier, dans le magazine Horizons fantastiques) est parue en mai dernier dans le supplément des Imaginales d'Epinal  (partenariat Vosges matin et L'Est républicain). 
Bonne lecture!


Je me suis mirée dans tes yeux
Mais n’ai y vu que deux orbites
D’ombres et le rictus affreux
Des nos mensonges, de nos fuites.
Luchina Labia – Quatrains en rouge

La bruine trouble de son rideau gris, uniforme, les joncs dépouillés. Des silhouettes, à peine humaines, se laissent parfois deviner derrière les roseaux, au pied d’un talus boueux ou dans l’ombre des barricades érigées à la hâte par les gardes au début de l’hiver. Des relents de misère et de mort flottent au-dessus de l’eau, imprégnant les narines d’une douceur écœurante, impossible à ignorer.
 Pamina resserre la mante de laine grise autour de ses épaules, cale de sa main tremblante une boucle humide derrière son oreille et risque un coup d’œil en direction du passeur. Trente ans, quarante peut-être. Une chair bistre et grenée, des poches sous les yeux, les cheveux pendant en mèches ternes et grasses sous sa capuche de peau raidie par la crasse. Un corps aussi long que la perche de bois noueux qu’il tient de ses mains tavelées et enfonce régulièrement dans l’onde.
Il paraît fragile, ainsi. Prêt à casser.
Pourtant, il la terrifie.
La jeune femme l’a vu briser à mains nues le cou d’un ragondin. La dernière fois, elle l’a surpris ­– sans pouvoir jurer que ses sens ne la trompaient pas – une grenouille encore vivante dans la gueule.
Il la terrifie, oui. Comme les vieilles catins ravinées, les pêcheurs d’écrevisses au teint blafard, les voleurs, les assassins et les bêtes humaines qui hantent les marais d’Hypotie. Comme Novella, la sorcière aux yeux de rat qu’elle va consulter pour la troisième fois.
C’est ridicule. Pourquoi revenir ? Et pour m’entendre dire quoi ? Que je dois être patiente, qu’il finira par me remarquer, et sinon qu’il faudrait peut-être songer qu’il ne m’aime pas… 
À cette pensée, Pamina sent les larmes monter. Tente de chasser ces mots douloureux de son esprit. De se concentrer sur les prunelles chaudes d’Orseo, sur la fossette creusant sa joue gauche chaque fois qu’il sourit, sur son rire et sur les compliments qu’il lui lance parfois, sur leurs échanges quand elle vient le trouver à sa table habituelle.
La barge heurte la rive. Le choc, soudain, la fait sursauter. Elle regarde alentour, peinant un instant à reconnaître les roches noires et, au bout de l’anse de sable terne, des cahutes brimbalantes.
La hutte de Novella se trouve plus loin, dans les hauteurs de l’îlot. On y accède par un sentier bordé de roseaux, semé de silex couleur d’ossements. Elle se rappelle un jeu stupide, qu’elle pratiquait enfant. Sauter de pavé en pavé, à cloche-pied, du seuil de la maison au pont de bois au-dessus du canal, répéter comme une prière : « si je ne tombe pas, je réussirai, je pourrai enfin, il me regardera. » Réprime l’envie de compter les pierres blanches – « Une, il m’aime ; deux, un peu… » –, croise les bras sur sa poitrine, et accélère le pas.
Devant elle, son guide avance à longues enjambées, balançant ses bras noueux au rythme de sa marche, indifférent à la glaise spongieuse et glissante. Quand ils atteignent, enfin, le cabanon de bauge, les fines gouttelettes de pluie se sont taries, ne laissant de leur présence qu’un écho d’hiver, rapidement étouffé par le parfum lourd de la tourbe et des herbes mortes.
— Viens, fillette ! J’t’attendais, croasse Novella, sans quitter l’abri de sa masure.
Obéissante, Pamina écarte la peau qui obstrue l’entrée, se faufile dans une pièce vaguement éclairée par une flambée. La sorcière, hideuse vieillarde aux cheveux laineux et rares, à la peau rongée de croûtes, aux yeux de rat, l’accueille d’un sourire édenté.
— Je vous ai apporté ce que vous m’avez demandé, murmure la jeune femme, lui tendant un écrin de bois noir, incrusté de nacre.
Novella s’en saisit, l’ouvre, le referme avec un gloussement satisfait. Tire immédiatement de ses hardes crasseuses un jeu de Tarots de la Lune, gondolé et poisseux d’humidité.
— Assied-toi, fillette. Près d’moi. Sinon, j’risque de m’casser le dos en t’regardant. Là. Comme ça, c’est mieux.
— Je voudrai…
— La même chose qu’la dernière fois, hein ? Alors concentre-toi. Et maint’nant, d’la main gauche, choisis-en une… Retourne-la.
Maugréant dans sa barbe, paupières plissées, l’aïeule examine la carte posée devant elle. Pamina, les mains jointes, la regarde, tremblante de peur et d’espoir.
— L’Amoureux, c’est jamais très bon, grommelle Novella, tapotant du bout du doigt la blonde et la brune enlaçant toutes deux un jeune homme. T’as une rivale, fillette. Pis t’es trop effacée, un peu comme si t’étais...
— Invisible ? 
—Tu sais, y a peu d’chances pour qu’il te r’marque si tu prends pas les choses en main, fillette. J’t’ai proposé quèque chose. Avec c’que tu m’as apporté aujourd’hui, ça t’coûtera rien d’plus.
Pamina réfléchit. Un philtre d’amour. Orseo avalerait le breuvage distraitement, comme à l’accoutumée. Elle, non loin, attendrait qu’il ait terminé pour s’approcher de la table. Il lèverait les yeux et…
« S’il me voit enfin, ce sera grâce à la magie. Je saurai, moi, qu’il ne m’aime pas vraiment. Mais elle… »
Pamina  lance un regard mauvais à la blonde au sourire figé, sur l’arcane.
Nola. La source de ses problèmes. Si elle disparaît…
— J’ai quelque chose à vous demander. Mais d’abord, promettez que vous ne parlerez jamais de moi.  À personne.
— Juré, craché, grogne la sorcière, joignant le geste à la parole. En v’nant ici, fillette, c’est comme si t’entrais dans une tombe. Alors ?
Pamina hésite un instant, puis lève fièrement la tête, plonge les yeux dans ceux de la sorcière, noirs et ronds comme des billes.
— Vous vous y connaissez, en malédictions ? 











lundi 29 août 2011

LUTZI Partie II/II


…  La psyché de la danseuse : vibrantes nuées d’or et de cuivre… Partant de son propre corps spirituel, un fil sélénite strié de rouge s’élance, tente de toucher le cœur de ce brillant maelström… Issus de la nasse compacte des spectateurs, des filaments écarlates essaient eux aussi, pareils à de minces serpents, de l’atteindre…  Soudain, l’un d’eux s’épaissit, tourbillonne, noircit, fond, à toute allure, sur elle…

 La jeune femme retint à grand-peine une nausée. Ce don de prescience… Elle n’en voulait pas. N’en avait jamais voulu. Pourtant, il l’accablait, la tourmentait de plus en plus fréquemment.
« Mais ce soir, c’est peut-être une chance. »
Elle inspira profondément afin de recouvrer son calme et mieux se concentrer.
Sure la scène improvisée Lutzi était en transe. Elle tournoyait sur elle-même ; les grelots attachés à ses poignets et ses chevilles bruissaient, voilant ses déhanchements sensuels d’un halo de mystère. Les spectateurs, hypnotisés, extatiques, frappaient dans leurs mains, de plus en plus vite. Une joie sauvage se lisait sur les visages ; certains roulaient des yeux, d’autres donnaient de la voix, comme les chiens d’une meute. Souvent, elle voyait en eux le désir. Parfois, la tristesse, teintée de regrets et de désespoir, d’un amour impossible. Mais nulle part elle ne percevait les âpres stigmates de la haine, de l’envie de tuer.    
« Où te caches-tu ? »
Elle termina d’un trait son venin, et scruta les ombres : les trois venelles naissant de ce carrefour ; les ombres inquiétantes du portique de l’ancien temple ; les fenêtres étroites, rarement éclairées sur les façades des immeubles bas et resserrés.  Levant la tête, elle chercha sur les toits une silhouette embusquée.
Rien, en dehors de l’ombre des gargouilles se découpant dans le clair de lune.
De nouveau, elle scruta l’assemblée. Cette fois, le repéra – et plissa les yeux, perplexe. Elle le connaissait : ancien élève de l’Académie, il se nommait Flavio, était réputé pour ses talents de courtisan – certainement pas d’assassin. Ses traits ne manifestaient aucune émotion : nulle joie, nulle colère ne troublait ce faciès, banal à l’exception de ses yeux légèrement globuleux. Sa neutralité, trop lisse pour un esprit exercé, le désignait comme suspect.  Pourtant, Théodora ne pouvait s’empêcher de douter.
« Pourquoi Flavio voudrait-il la mort de cette femme ? Des amours malheureuses ? Peu probable. Lutzi l’aurait remarqué, lui aurait fait un signe. Et lui, ne m’a pas l’air d’être du genre à se laisser emporter. Ce n’est pas de la haine que j’ai vue tout-à-l’heure mais la simple volonté de tuer. Quant à l’écarlate de son désir naissant, il a vite été recouvert par le noir d’une mort prochaine. S’il n’agit pas par passion… est-ce par politique ?  Lutzi serait-elle à ce point dangereuse qu’il faille l’éliminer ? Possible…  Mais comment s’y prendra-t-il ? Ce n’est pas un bretteur : nos magisters vantent ses qualités de diplomate et son sang-froid, non ses passes d’armes ! »
Tout en réfléchissant, la jeune femme se rapprocha discrètement de Flavio. Celui-ci, concentré sur la saltimbanque, ne la vit pas arriver. Elle se posta tout à côté de lui, bras croisés sur sa poitrine, prête à intervenir.
Le tempo ralentit peu à peu ; les tintinnabulements des clochettes et du tambourin s’espacèrent ; Lutzi écarta largement les bras, sourit, esquissant une révérence… Et repartit de plus belle, prenant ses admirateurs par surprise.
Elle virevoltait, ses bras levés dessinant au-dessus d’elle des arabesques gracieuses. Puis le tempo changea. D’abord aérienne, sa danse se fit plus fluide, plus sinueuse. Sirène, elle fit rouler son corps, jouant avec une écume invisible, dévoilant ses courbes pour mieux les dissimuler dans les flots. Puis la cadence s’accéléra. Les tintements des instruments se métamorphosèrent en sifflements hargneux. Son corps commença à se tordre, passant au ras du sol en mouvements de plus en plus saccadés. Flavio, demeurait immobile, tout entier concentré sur elle. Et Théo comprit.
« Il va la forcer à danser jusqu’à ce qu’elle meure d’épuisement. Pas étonnant qu’il soit considéré comme un politicien d’exception, s’il peut contrôler les corps et les esprits. »
La foule tentait de suivre le rythme – mais la bacchanale, à présent frénétique, n’avait plus rien de sensuel. Les applaudissements s’éteignirent ; peur et perplexité se lisaient sur les visages : on commença à murmurer.
Les vibrations de ses pas sur le sol étaient ceux de son cœur emballé. Des sons inarticulés passaient les lèvres de la saltimbanque ; ils ressemblaient aux râles d’un  mourant.

« Je ne devrais pas intervenir. Il obéit certainement à des ordres. Peut-être est-ce la seule solution pour protéger… Quoi ? Un secret princier ? Des nobles qu’elle fait chanter ? Après tout, je m’en fiche. Je ne la connais même pas…    »
À cet instant, Lutzi se figea, luttant contre une force invisible, une expression de pure terreur  déformant ses traits.
Cela suffit à la décider. Incapable de demeurer sans rien faire, la bretteuse tira un poignard de sa ceinture. Frappa, du pommeau, la tempe du marionnettiste. Sonné, il  s’affaissa dans ses bras : elle le tira aussitôt dans les ombres. Libérée de l’emprise du mage, Lutzi, épuisée, en larmes, se laissa tomber, à genoux, sur le sol.
Flavio gémit, réussit à tourner la tête.
— Vous ? s’étrangla-t-il. Mais pourquoi…
Théo plaqua la lame sur sa gorge.
— Si vous tentez quoi que ce soit avec vos pouvoirs tordus, je vous égorge.
— Elle doit mourir.
Les murmures enflèrent ; les insultes se mirent à fuser. « Sorcière ! » « Démone ! » « Il faut s’en débarrasser ! » Mus par une haine, une fureur incontrôlée, les spectateurs se ruèrent sur elle. 
— Salaud!
— Mes ordres viennent d’en haut.
— Pourquoi la faire souffrir ainsi ? Je doute que ce soit ce qu’on vous a ordonné.
— Vous ne pouvez pas com…
Théo ne le laissa pas terminer et, d’un second coup, l’assomma. Sans plus se préoccuper de lui, elle se précipita au secours de Lutzi. Jouant des coudes et des poings, n’hésitant pas à piquer les chairs de la pointe de sa dague, elle se fraya en hurlant un chemin jusqu’à la malheureuse. Les vêtements déchiquetés, sa longue chevelure emmêlée, poissée de rouge, la danseuse gisait, recroquevillée sur elle-même. On l’avait griffée ; on l’avait frappée, à coups de poings, à coups de couteau. Son beau visage, qu’elle avait jusqu’au bout tenté de protéger, était maculé de sang. Brutalement arrachée à l’ivresse du massacre, la foule contemplait, hébétée, leur victime et la jeune femme qui la protégeait.
Un homme secoua la tête, horrifié.
— Que… que s’est-il passé ?
Un autre, pris de sanglots, s’effondra sur le sol.   
— Cette rage… Cette folie…, bredouilla un troisième, tremblant de honte et d’effroi.
— Il y avait une voix, dans ma tête, murmura une serveuse, blême comme un linceul. Une voix qui m’ordonnait de hurler. Une voix qui m’ordonnait de tuer.
La jeune femme se pencha sur le corps de la saltimbanque. Mit la main sur son cœur. Palpa sa gorge, chercha un souffle, en vain.
Lutzi était morte. Flavio avait gagné.
Elle écarta doucement quelques mèches du visage de la défunte, puis se releva. La colère et le dégoût avaient laissé place à la lassitude. Elle aurait pu venger sa mort, désigner le courtisan et le livrer en pâture à l’assemblée. Mais à quoi bon ?  Le maître-espion du prince, la destinée peut-être, en avaient décidé ainsi.
« Et puis, si j’agissais ainsi, je ne vaudrais pas mieux que lui. »
— Vous devriez aller chercher une prêtresse de la Triple Déesse, dit-elle doucement. Elle mérite des funérailles décentes. Et vous, vous avez été manipulés par un démon.
Alors, après un dernier regard au marionnettiste inconscient, Théodora quitta la scène. Elle n’avait plus rien à faire en ces lieux. 

Texte : Charlotte Bousquet
Illustration : Elvire de Cock.
Première publication : Revue SITES n°15, spécial fantasy.

vendredi 8 juillet 2011

En attendant la carte

... de L'Archipel et, peut-être,  d'Arachnae et Cytheriae... 
En attendant l'intégralité de la nouvelle Lutzi... 
Et des goodies, des lectures, un test (si j'ai le temps)... Retrouvez-moi  à La Rochelle!

Samedi 30 juillet... Deux séances de dédicaces, donc... La première, entre 11H et 13H et la seconde, à partir de 15H

Librairie Callimages 
32, rue du Chaudrier
17000 La Rochelle

lundi 22 novembre 2010

La Maison aux secrets

La Maison aux secrets, tragédie en cinq actes, a été écrite par Marcantonio Bembo au début du règne de Giocasta Moravia, également appelée la Princesse des arts. Toute son existence, Giocasta Moravia a encouragé les artistes de sa principauté, parmi lesquels Donatella de Cribella, compositrice célèbre pour avoir mis en musique les poésies de Lucina Labia, et Marcantonio Bembo. Bembo, originaire du  Nord de l'Archipel, n'a jamais révélé les raisons de son exil, préférant laisser courir les plus folles rumeurs. Ses écrits torturés, souvent malsaines, ont pour principaux thèmes la trahison, les amours interdites et la folie. La Maison aux secrets, sous le masque de la passion amoureuse, évoque l'inceste et la damnation. L'Ange de Cribella, sa pièce la plus célèbre - et peut-être la plus accessible -, conte la drame d'une double vengeance. Elle est, encore aujourd'hui, représentée dans tout l'Archipel.

L'introduction et le premier acte de La Maison aux secrets sont disponibles sur ce lien :

http://www.megaupload.com/?d=JQYYYH04

Pour télécharger, il suffit de reproduire le code...

vendredi 19 novembre 2010

Pot-pourri d'anciens messages sur l'Archipel des Numinées

Cytheriae
Plus intime et psychologique qu'Arachnae, Cytheriae est un roman sur les failles (j'aime bien le mot) : failles humaines - incapacité à comprendre l'autre, jeu/joug des non-dits, des mots couverts et de l'amertume - et failles psychologiques - incapacité à exprimer, à ressentir ou expulser le trop-plein d'émotions, souffrances, regrets, culpabilité - surtout. Mais aussi, ce dont je me suis aperçue après en avoir discuté en intervew, faille "vénitienne", au sens où Cribella est une cité lagunaire, une sorte de Venise lépreuse, comme celle que l'on imagine en regardant le reflet des palais dans l'eau vert-de-gris des canaux... 
L'enquête menée par les différents protagonistes du récit - les enquêtes, plutôt ; l'une, liée à "l'autre côté dunmiroir", l'autre à une série de suicides - là encore, ça a été l'occasion de regarder du côté de ces fameuses failles et même si évidemment la recherche du ou des coupables a son importance, ce qui m'intéressait était avant tout "comment" ces morts... 
Nouvelles
Après "Lutzi", à paraitre dans la revue SITES et Orfeo, que j'espère avoir le temps d'écrire d'ici la fin de l'année, une deuxièmenouvelle mettant en scène Dionisia est prévue dans la prochaine anthologies Imaginales. Dionisia, jeune narratrice de "Toiles déchirées "(Magiciennes et sorciers, dirigée par Stéphanie Nicot) a un peu grandi... Cette série de textes me permet de mettre en place le troisième opus de L'Archipel, Matricia qui est prévu pour le dernier trimestre 2011. C'est la première fois que je construis un personnage ainsi, par petites touches de textes qui me permettent d'explorer sa psyché. Une autre nouvelle, beaucoup plus courte, devrait également être prévue pour courant 2011. Je ne sais encore quel personnage en sera l'acteur principal ... 

Nécro…
... mancien ou mant ? Dans l'Archipel, les deux - l'étymologie du premier penchant vers la divination par l'examen des cadavres et nécromant pouvant être considéré comme une forme ancienne du même mot, est plus tourné vers lles "arts noirs".
Au fil du temps, des traditions et de la fantaisie (fantasy) des auteurs, ou/et joueurs de jeux de rôles, le terme a été utilisé pour qualifier des magiciens peu recommandables, œuvrant à relever les morts, invoquer des démons et voir le monde des morts.
Je me rends compte que, dans l'Archipel des Numinées,  je n'utilise pas de définition si précise - il existe un ordre de nécromanciens, L'Ordre de la Nouvelle Lune qui est aussi bien voué à l'étude des créatures "maléfiques" qu'à la nécromancie dans son sens premier ou le chamanisme... Personnage tertiaire d'Arachnae, Tamino pratiquait une  sorcellerie assez offensive, consistant à contrôler les spectres et les utiliser en combat.
Angelo di Larini, qu'Elvire vous dessinera peut-être si elle en a l'envie, l'un des personnages principaux de Cytheriae, est un nécromant. Son art concerne surtout "l'autre monde", autrement dit l'univers des spectres, l'autre côté du miroir (et d'une certaine manière, la faculté de voir ce que dissimulent les autres).
Matricia verra apparaître une autre forme de nécromancie encore... beaucoup plus "tribale". 

Magie
L'une des difficulté inhérentes aux univers imaginaires est la magie. Le bestiaire - l'utilisation des termes anges ou démons, par exemple, fortement liés à la mythologie judo-chrétienne - peut poser problème : doit-on ou non inventer des mots? Si l'on utilise sans complexe "dragon", pourquoi exclure les vampires ? J'ai l'impression d'avoir résolu ça, en prenant ce dont j'avais besoin au moment où j'en avais besoin, en inventant si nécessaire... et en évitant le mot vampire, non parce qu'il fait "tâche", mais parce que j'aurai une trop nette tendance à en faire les principaux personnages d'un récit où, au mieux, ils seraient considérés comme des bêtes à abattre.
Pour moi, la magie était autrement plus délicate à mettre en place. Comment fonctionne-t-elle ? Pourquoi certaines personnes utilisent-elles des rituels, d'autres non ? Quels sont les pouvoirs exacts des sorcières du destin - et plus précisément, des Moires les plus puissantes d'entre elles ? Quelle est la différence entre les prêtresses (et prêtres) de la Lune et les mages ? Pourquoi la nécromancie est-elle acceptée ? Qu'est-elle exactement ? Pourquoi Tamino (Arachnae) commande-t-il aux spectres et non Angelo (Cytheriae) ? Pourquoi l'étude des "monstres" est-elle liée à la nécromancie, pas à la prêtrise ? Ce sont certes d'intéressantes questions, de celles qui mettent en jeu la compossibilité de l'univers, mais également des questions qui bloquent et empêchent l'écriture - d'une part, parce qu'à trop vouloir justifier le surnaturel, ça en devient franchement indigeste, d'autre part parce que... en littérature "blanche", les gens ne passent pas leur temps à expliquer ce qu'ils font. Un mathématicien connaît les arcanes de l'algèbre et quand il en parle, personne ne se demande comment ni pourquoi tant que cela sert le récit. Un jardinier cultive et hybride des roses ou des orchidées, chaque jardinier a sa manière de faire... et personne ne se pose plus de questions que ça (sauf s'il s'agit d'un thriller dans lequel ledit jardinier ferait pousser des roses en, les nourrissant du sang de ses victimes).
Voilà, à peu près, comment j'ai résolu mon problème : je ne passe pas trois heures à expliquer comment Angelo mâche son quignon de pain, je ne vais pas passer trois heures à expliquer le fonctionnement de la magie - elle fonctionne.
Ses nuances varient d'une personne à l'autre - elle s'adapte, d'une certaine manière.
Quant aux secrets des Moires... Si vous le voulez bien, je ne les dévoilerai pas tout de suite!

Théodora
Théodora, la belle bretteuse d'Arachnae, est un personnage "à l'envers". En apparence efficace, capable de tuer sans sourciller (du moins une lamia ou autre créature maléfique), aussi à l'aise avec une rapière qu'avec un garrot. En réalité, une jeune femme assez fragile, peu sûre d'elle, qui perpétue des conduites d'échec dans ses relations (sentimentales, du moins) avec les autres. Ce côté faillible était à la fois le plus intéressant et le plus difficile à écrire - et faire passer. Sa destinée - devenir maître-espion du prince (et de la future princesse d'Arachnae), devenir l'arme et le bouclier, d'une certaine manière, implique des choix qu'elle n'a aucune envie de faire, des responsabilités qu'elle se refuse à assumer. Ce refus se reflète dans toutes les strates de son comportement - il lui faudra quelques "électrochocs" pour agir, et non fuir...
L'une des origines - affirmée - du personnage est Shane McCutcheon, de la série L Word, androgyne séductrice et incapable de construire véritablement une relation avec celles dont elle tmobe amoureuse. Les autres inspirations sont... beaucoup moins "claires", je pense que Théodora s'est assez rapidement construite "toute seule". Et  ce n'était pas facile pour moi de ne pas céder, en tant qu'auteur, à la facilité de l'héroïsme, de me retenir d'intervenir, d'une certaine manière, dans la logique du personnage pour en faire quelqu'un d'exceptionnel ; je n'évoque pas ici l'aspect fine lame, comédienne, etc. qui ne sont qu'acquis dûs à son éducation, mais exceptionnel dans son caractère, son altruisme, etc.
En somme, Théo, avec ses doutes et ses faiblesses, est quelqu'un d'imparfait - trop humain ?