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vendredi 20 juillet 2012

Numérique et chroniques

Depuis le 23 juin dernier, vous pouvez vous procurer l'Archipel des Numinées en version numérique. Et, parce que c'est l'été, voici les dernières chroniques reçues à ce jour... 

Arachnae, sur le forum Club de lecture : ici.
Matricia, dans La maison de Soso : par là Matricia encore, dans Les rêves de Cassandre : de ce côté. Matricia, continuons, dans Ce que je lis, blog tenue par l'une des membres du jury du prix Sony numérique : ici. Matricia, par Traqueur stellaire : là. Et la plus récente, Matricia dans RSF blog :cliquez!

mardi 23 août 2011

LUTZI - PARTIEI/II


Parue au printemps dernier dans la revue SITES, "Lutzi", dont voici en ligne la première partie. La suite, la semaine prochaine.


Lutzi
De la mort le temps ne sait rien
les mots ne se comptent pas
Rajko Djurić


Pour Alban

Venu du sud de l’Archipel, à peine adouci par les embruns, un vent sec et brûlant soufflait sur la principauté. Les esprits s’alanguissaient, une sueur épaisse recouvrait les corps alourdis par la chaleur et, dans le Labyrinthe où vivaient les plus pauvres, où se terraient criminels et assassins, la maladie gagnait lentement du terrain. Durant le jour, on rampait, on se recroquevillait à l’abri des murs et des passages couverts dans l’espoir de trouver un peu de fraîcheur ; le soir venu on s’extirpait des recoins et des ombres et on s’ébrouait, profitant d’une tiédeur bienvenue pour fêter, avec un peu d’avance, le début des moissons.
Théodora appréciait ce rythme estival. Il lui évitait de justifier ses échappées nocturnes, excusait ses cernes et lui permettait, enfin, de manquer sans aucun scrupule à ses devoirs. Il faisait bien trop chaud pour enseigner. Même les fleurets semblaient aussi lourds que des marteaux de guerre. Depuis quatre ans, elle assistait l’un des meilleurs maîtres d’armes et entraînait les recrues à ses côtés. Elle appréciait à sa juste valeur l’honneur qui lui avait été fait et d’habitude, prenait plaisir à cela. Mais en ce moment, la jeune bretteuse ne désirait qu’une chose : boire suffisamment pour s’abrutir, si possible en mauvaise compagnie – et peu importe où elle finissait, fut-ce à la morgue.
« Tout, pourvu que j’échappe à ça. » 
Ça : les cauchemars qui la tourmentaient ; les attentes de ses magisters ; ce maudit don de prescience : il se manifestait n’importe où, n’importe quand,  l’aspirait de l’autre côté du miroir dans un univers trouble, qui la laissait toujours nauséeuse.
Lorsque Théo quitta l’Académie la lune, face laiteuse auréolée d’argent de la Triple Déesse, brillait dans la nuit étoilée. Dans les jardins, les feuilles des arbres bruissaient. Une chouette, silhouette fantomatique, la frôla lorsqu’elle abandonna les hauteurs rassurantes du quartier de Palatine pour les rues poussiéreuses du Labyrinthe. Dédaignant les tavernes saturées de rires et de musique, des principales artères, elle préféra se laisser porter par l’instant et s’enfonça rapidement dans un entrelacs tortueux de ruelles et d’escaliers abrupts. Malgré les rondes de la garde et les lanternes placées aux carrefours, phares dans cette mer citadine et fatale, les bagarres, toujours mortelles, étaient légion ; on se faisait égorger pour une fille ou une dette ; on s’entretuait pour un oui pour un non.
Et le Cloaque, ventre putrescent de ces faubourgs misérables et mal famés, vomissait ses déchets – trop souvent humains – avec la régularité d’un battement de cœur.
Théodora prit cette direction, esquivant avec virtuosité couloirs souterrains et coupe-gorge, sourde au crissement des lames dans les recoins obscurs, aux gémissements de douleur comme aux râles d’agonie. La mort des autres ne la regardait pas. Pas ce soir. Ce soir, elle désirait jouer et se saouler, rien de plus. Elle marcha une heure peut-être avant de trouver ce qu’elle cherchait : une gargote sans nom, ouverte sur une place ronde dont les rares pavés, noirs et blancs, ainsi que le vestige d’une arche, laissaient deviner l’ancienne présence d’un temple. Des tables de fortune et des sièges faits de caisses de bois y avaient été installées ; un lumignon baignait les lieux d’une lueur jaune et douce.
« D’abord, l’alcool. Les dés, on verra plus tard. »
Elle entra dans la taverne bondée, puant la crasse et la piquette, commanda un pichet de venin. Cette eau-de-vie locale, capable disait-on de terrasser un géant, serait néanmoins plus saine que le mauvais vin et la bière, puisés dans des tonneaux où flottaient sans doute cancrelats et rats crevés. Puis, avisant une place libre à l’extérieur, juste à côté de l’entrée, elle s’y installa et, sans hésiter, avala son premier verre de la soirée.
Théo en était à son troisième, et commençait à sentir les premiers effets de l’ivresse, quand elle la vit.
Peau cuivrée, cils épais, longs cheveux noirs et bouclés cascadant jusqu’au creux de ses hanches, la nouvelle venue portait pour seul vêtement une robe échancrée aux jupes longues et bouffantes. Des grelots enserraient ses poignets et ses chevilles, elle tenait un tambourin dans ses mains. Elle se plaça en pleine lumière et attendit. Rapidement, les conversations se turent. Un murmure se répandit, passa le seuil de l’établissement, attirant les clients au dehors : Lutzi était de retour. La bretteuse soupira. Elle qui espérait passer une soirée tranquille… c’était impossible, maintenant. Lutzi était une légende, dans le Labyrinthe ; à dire vrai, la réputation de la saltimbanque avait depuis longtemps passé la gangue poisseuse du quartier. Une beauté à couper le souffle. Une danseuse ensorcelante. Un être cruel, qui laissait dans son sillage cadavres et cœurs brisés. Elle savait tout cela et pourtant ne parvenait pas à la quitter du regard. Lutzi s’en aperçut, plongea ses yeux d’or dans ceux de la jeune femme avant de se détourner, un sourire amusé jouant sur ses lèvres pleines. Théodora sentit son ventre se nouer.
« Boire et jouer, tu n’es pas venue pour autre chose… »
Mais en son cœur, en son ventre, elle savait que cela ne pouvait plus être vrai.
— Y a-t-il, parmi vous, un musicien ?
Murmure déçu dans l’assemblée.
— Du moins, quelqu’un capable de frapper dans ses mains et…
Un rugissement enthousiaste étouffa le reste de ses paroles.
— Alors… Écoutez bien !
Et Lutzi se mit à jouer de son tambourin. 
Dessinant quelques pas gracieux, elle donna le rythme, aussitôt repris par les clients. En quelques instants, la gargote miteuse et la placette prirent des allures de fête : les dalles anciennes se muèrent en piste de danse, la lanterne parut brûler d’un feu plus vif, et plus joyeux. Happée par le tourbillon des clochettes et du tempo, par les mouvements sinueux et provocants de la belle saltimbanque, Théo se sentit basculer…

jeudi 3 mars 2011

Amalia

[ extrait des Éphémérides d'Arachnae] Originaire d'Arachnae, Cristofero Mantegna est l'auteur d'une quinzaine de pièces tragiques et de deux romans : Depuis les ombres et Les Liens du sang. Ancien élève de l'Académie de Vespera, Cristofero Mantegna dirige depuis deux saisons le théâtre des Jardins. Amalia, tragédie sur le thème de la gémellité, a été jouée avant-hier devant le prince Alessio et sa concubine, la belle Ornella Colonna.


Amalia, Acte V, scène dernière. 
 (Les falaises, au clair de lune. Amalia apparaît, vêtue des voiles noirs de la mort)

AMALIA : Ô Lune ! Ce soir, ma jumelle, la douce Alissa
Épouse Ruben, et moi, je cours au trépas.
Le venin qui depuis longtemps ronge mon cœur,
L’empoisonne de jalousie et de rancœur,
Achève de corrompre mon âme. Je le sais,
Et plutôt que ruiner cet hymen que je hais,
Que j’ai permis pourtant, puisque je suis ici,
J’ai abandonné mes parures nacarat,
Mes bijoux de perles roses, d’or et de grenat,
Ne gardant que l’anneau serti d’un chaton noir,
Ultime antidote à une vie sans espoir.
Car j’ai résolu de célébrer cette nuit
D’autres noces, plus tristes. Regarde ! Ma robe endeuillée,
Fait-elle de moi une jolie fiancée ?

(Amalia ouvre la bague et avale le poison qu’elle contient.)

Crois-tu que l’océan voudra bien m’accueillir,
Et sous ses baisers d’écume m’ensevelir ?
Crois-tu que cela suffira à étouffer
L’affreuse souffrance qui déchire mon corps,
Et ma rage contre cette sœur que j’adore ?

(Elle vacille.)

Sois heureuse, Alissa ! Notre vœu enfantin,
Sous l’œil de la Déesse s’accomplit enfin,
Puisqu’en un même temps nous voici mariées,
Toi, à celui que tu aimes depuis toujours,
Moi, à la mort dans ses plus ombrageux atours !

(Elle meurt et bascule dans le vide. Rideau.)

vendredi 19 novembre 2010

Rough versus Rough

Voilà un des roughs réalisés dans les premières phases de recherches de la couv d'Arachnae.
Pas retenu mais je dois avouer que je ne sais plus très bien. Je crois que le raccourci créait un petit manque de lisiblité et qu'on a retenu l'autre idée parce qu'elle posait beaucoup mieux l'ambiance de la ville.
Celui-ci avait un petit quelque chose mais était peut-être un peu trop alambiqué dans la symbolique du motif des pierres au sol (oh une toile !)
Mais comme on dit, ça fait toujours une Théo à vous mettre en plus sous la dent ! ;-))


Arachnae : illustrations d'Elvire

En attendant la nouvelle illustrée de la Saint-Valentin, "Arlequinades", voici quelques roughs faits par Elvire pour la couverture d'Arachnae.